"I love artifice. I love man-made beauty. I like the idea of being whoever you want to to be - not just saying this is what I've got and this is what I've got to put up with. A lot of people put a lot of emphasis on me wearing corsets and the pain and suffering but I think it's a little bit like wearing a high heeled shoe. It's not as pleasant as going barefoot, of course, but there's something about it that we love. That sort of manipulation and that discipline in the way that everything changes about your body shape."
Dita Von Teese
On a toutes cette femme en nous. Cette femme qui hurle, cette femme qui pleure. Cette femme mille fois touchée par un amant, femme blessée qui larmoie des océans de glace. Souvent, alors que je m'élance sur les vagues de l'amour, elle me souffle les mots à l'oreille. Sa voix me porte, séductrice lancinante, une voix douce et bénie qui réclame de sourire, une voix qui demande les éclats de bonheur aux oreilles. Elle me guide et me berce, amoureuse ancestrâle, sublime amante brisée qui sait quels sont les gestes, qui connait tous les mots. Je la laisse m'envahir...
Elle exige des futilités, des minauderies et des mimiques de séduction. Elle me réclame une démarche entre le vacillement tremblé des rêveuses et l'assurance de plomb des courtisanes, un équilibre flou, une limite absurde, subtilité superbe. Elle se pavane devant la glace, regarde, s'observe, se désespère et arrache tous les voiles. Elle éparpille et renverse tous les artifices, tantôt primitive et esseulée, puis mondaine et délicate, petite douceur fardée, petite douleur masquée. Jadis, on lui disait qu'il faut souffrir pour être belle et on tirait, tirait, on lui tirait ses petits cheveux tressés d'enfant. Mais ce qu'on ne lui disait pas, le peigne brisé finalement dans les mèches, c'est que ça ne s'arrêterait jamais, jamais, qu'elle ne pourrait jamais s'empêcher de souffrir pour avoir ce sourire éclatant dans la glace, ces yeux brillants, ces lèvres pleines. On y prend goût, tu sais, à ce masochisme malsain de femme. On y prend gout et on tire sur les cheveux, on déchire les bosselures imparfaites, on se tue à la faim, on se tord les chevilles sur le pavé des rues et le plancher des bals. Quand on commence ça ne s'arrête pas, ma belle, ça ne s'arrête plus. Mais c'est la seule justice que nous possédons, mon amour, la seule qui nous soit dûe. On ne peut pas toutes être une beauté longiligne aux gracieux gestes de danseuses, aux lignes pures, aux yeux émerveillés. On ne peut pas toutes avoir cette chance, cette douceur absolue des courbes. Alors on souffre, on souffre, on souffre encore et encore car on sait, au fond, que c'est le seul moyen de devenir celle que l'on veut être, et pas seulement cette enfant qui nous est donnée si injustement, dans le hasard d'une naissance incertaine. Les partisans du naturel sont des castrateurs injustes...
Image: Dita Von Teese
Texte: Vastriel
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